Catastrophe : du latin « catastropha », issu du grec « katastrophê » : bouleversement, dénouement de la tragédie classique (« katá » : en bas ou à travers et « stréphō » : tourner)
Apocalypse : du latin « apocalypsis », emprunté au grec ancien « apokálupsis » : dévoilement, révélation
Depuis toujours, ma créativité est préoccupée par les catastrophes. Elle est à la fois un exutoire de mes cauchemars récurrents et l’expression d’un besoin d’informer, d’agir. On trouve donc dans mes travaux un foisonnement de représentations de tempêtes, de luttes, de refuges ou d’explosions libératrices.
Obsessions : la catastrophe en motifs










Mise en scène : Antre, atelier Bozière, 2023
En 2023, j’ai l’opportunité d’intervenir dans un espace industriel et « occupé ». Il devient un bureau, un bunker. A la fois abri contre cette angoisse des catastrophes à venir et galerie pour accueillir cette obsession. Comme l’imaginaire se nourrissant des événements, du contexte, ma scénographie intègre les matériaux présents. Le parcours fluctue entre le constat et un espoir d’échapper à l’horreur par l’immersion esthétique.






Cette préoccupation donne lieu à un calendrier, recensant des catastrophes survenues durant l’année 2022
Calendrier, 2022, recensement des catastrophes naturelles et industrielles mondiales survenues en 2022, 2023, pointe sèche et impression de photographies numériques, 47 x 30 cm, accompagné d’un descriptif et d’une table des illustrations.
Janvier : Irruption du Volcan Hunga Tunga, Archipel des Tonga, Océan Pacifique, Hémisphère sud, 15 janvier 2022.
Février : Tempêtes en Europe de l’Ouest, février 2022.
Mars : Guerre en Ukraine, Europe, débutée en 2022.
Avril : Inondation en Afrique du Sud, 8 au 21 avril 2022. Bilan de 443 morts et 63 disparus.
Mai : Tempête de poussière en Iran et au Koweït, Moyen Orient, 23 mai 2022. D’ici 2050, l’Iran devrait connaitre plus de 300 jours de poussières par an.
Juin : Mur séparant le Mexique des États-Unis, débuté en 1996.
Juillet : Incendie Mckinney, Californie, Etats-Unis, 29 juillet au 7 septembre 2022. Bilan de 185 bâtiments détruits, 4 morts, 12 blessés, 5 800 personnes évacuées, 60 138 acres de foret et de parcelles parties en fumée.
Aout : Explosion d’un réservoir de pétrole, Matanzas, Cuba, État insulaire des Caraïbes, Amérique Latine, 5 au 12 aout 2022. 162 mots, 1 322 blessés, graves conséquences économiques et écologiques.
Septembre : Sécheresse en Chine, aout et septembre 2022. Le fleuve Yangtsé à perdu 90 % de sa superficie, les relevés les plus bas depuis leur mise en place en 1951.
Octobre : Fonte des glaciers. En 2022, la banquise de l’antarctique à atteins son niveau le plus bas depuis 44 ans, soit 30 % en moins. Celle de l’arctique perds en moyenne 13 % de glace chaque année. Elle devrait avoir totalement disparu d’ici 2050. Cette transformation à des conséquence directe sur l’ensemble du paysage terrestre et de son écosystème auquel nous dépendons et appartenons.
Novembre : Pollution atmosphérique en Inde. Dans le classement des 10 villes les plus polluée du monde, 6 se situe alors en Inde. Lee niveau de pollution dépasse de 10 x les normes de qualité conseillés par l’OMS.
Décembre : Tempête hivernale Eliott, Canada, Etats-Unis et Mexique, 21 au 27 décembre 2022. Les températures extrêmes causent la perte d’une importe partie de la faune, notamment nécessaire, comme les chauves-souris, pour réguler la quantité de moustiques en été.
Pour supporter le constat de cette destruction, l’art devient alors un médium de communication, ainsi qu’un refuge.





On s’oublie par la contemplation, par le sensitif ; on trompe son impuissance en créant des formes nouvelles ; on renie l’absurde par l’analyse.
On cherche du sens. Et s’il n’y en a pas, on le créer.
Témoignage : Milina, aout – septembre 2023
Milina Septembre 2023, série, 2023, témoignage photographique d’une catastrophe naturelle survenue en Grèce







Durant l’été qui suit l’exposition, j’assiste à une catastrophe naturelle. Un déluge d’eau et de boue qui submerge les habitations, les lieux de travail ; emporte les véhicules, les arbres, les animaux, des humains.
En moi, c’est l’œil photographique qui s’exprime. L’horreur, vécue jusque-là de façon fictive, est finalement expérimentée. Mais j’en suis pourtant étrangère, distante. La fascination pour la catastrophe devient presque honteuse.
Je m’interroge : y a-t-il une frontière qui sépare l’éthique de l’esthétique ?
Comment retranscrire un tel vécu ?
Les images ne suffisent plus. Ici, c’est l’éphémère, c’est la mort qui a été vécue. Devant la destruction, les liens sociaux se reconstruisent. Le quotidien brisé redonne goût à l’essentiel, au précieux. Subvenir à ses besoins, s’arracher des sourires. Tout cela, comment le donner à vivre à l’étranger ?
Et comment, en moi-même, le digérer ?
Fatalité : We All Gonna Die
Le vrai désespoir ne naît pas devant une adversité obstinée, ni dans l’épuisement d’une lutte inégale. Il vient de ce qu’on ne connaît plus ses raisons de lutter et si, justement, il faut lutter.
Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe (1942)


Celui qui descend en lui-même, qui y contemple l’abîme, joue un Icare chtonien. Il se brûle les ailes dans le cœur même du monde : ce constat que toute vie est mutation, création et destruction de son individualité.
Si sa descente est solitaire, ce qui en surgit se donne à l’autre. S’immerger dans l’art, pour celui qui crée comme pour celui qui rencontre, c’est une mise en exergue du moindre événement, de la moindre forme, du moindre sentiment. Une œuvre est un cadrage et une mise en scène. La sensibilité de l’artiste y joue comme un écho, comme un échantillon de l’humanité qu’il porte en lui.
Comment se sauver de l’abîme ? Comment en sauver son spectateur ?
Que propose-t-on à l’humain qui sait sa mort à venir ?
Graver son histoire sur une stèle qui survivra au temps ?
Ou partager un rire déjouant la mort ? De quoi jouir de l’absurdité même de cette existence.
Cyclicités






Clown, 2021, (extraits) vidéo – encre sur papier, dim. variables









La naissance d’une Montagne ou La première Lune, 2022, (extraits) vidéo – encre sur papier (9,9 x 10,5 cm), dim. variables
Pour de brefs instants, nous sommes réellement l’être originel lui-même ; nous ressentons son incoercible désir et son plaisir d’exister ; les luttes et les tourments, l’anéantissement des phénomènes, tout cela nous paraît soudain nécessaire [..]
nonobstant terreur et pitié, nous connaissons la félicité de vivre, non pas comme individus, mais en tant que ce vivant unique qui engendre et procrée, et dans l’orgasme duquel nous nous confondons.Nietzsche, La naissance de la tragédie (1872)
