In-Carne

In-Carne, 2026, installation – scoby, dimensions variables

Le Scoby

Le « Scoby » ( pour : Symbiotic culture of bacteria and yeast : « culture symbiotique de bactéries et de levures »), est aussi connu sous le nom de champignon du thé ou mère de kombucha.

C’est un bio-film (ou pellicule biologique) avec une texture gélatineuse constituée de cellulose ou d’un matelas microbien.
C’est lui qui permet la production de kombucha mais peut aussi servir de matériaux, peu couteux, exponentiel et écologique dans sa production.

L’utilisation du scoby est d’abord issue d’un intérêt envers son potentiel esthétique de peau diaphane, et comme matériau organique, productible en autonomie et de façon écologique.

Pour l’exposition Lava, il est proposé dans ses différents stades de développement :
Dans un bain de kombucha qui permet sa croissance ;
Suspendu à l’état humide, semblable à de la chair ;
Et enfin, sec et traversé par la lumière, mettant en valeur les différentes teintes.

In-Carne :

Cette scénographie a été conçue comme une incarnation de la théorie esthétique développée dans mon mémoire, à partir de la distinction que fait Nietzsche entre un art apollinien et un art dionysiaque.

Le scoby encore humide intrigue.
Il dégage les odeurs vinaigrées caractéristiques du kombucha, apparaît à la fois tendre et écœurant comme une chair ou une peau dépecée.
Par cet aspect véritablement organique, charnel, en jouant entre la répulsion et la fascination, l’installation propose une vision plastique d’un art dionysiaque. Une corporalité brute, non idéalisée, suintante, odorante, se transformant et interagissant avec son environnement. Évolutif ou putrescible, à l’instar de n’importe quel être vivant.

Au contraire, le scoby fixé nous apparaît dans une beauté moins clivante.
Le parfum se fait douceureux, léger ; l’aspect organique laisse place à une apparence de vitrail ou de dentelle, une surface plus homogène et translucide, chatoyante.
C’est sa version apollinienne de l’esthétique. Stable, lumineux, fixe. Héritier de la tradition classique et religieuse occidentale, idéaliste ; là où son caractère d’écorché évoquerait plus aisément les peintures de Bacon.
Le scoby perd temporairement ses capacités de développement, sa vitalité, pour se rapprocher d’un matériau minéral.

Dans le parcours, c’est ce deuxième état qui est d’abord visible. Comme un plat, l’œuvre ravit d’abord les yeux avant de révéler son origine.

In-Carne propose donc deux états du même organisme, nous invitant à questionner notre propre rapport au monde, à la vie.
D’une part la confrontation à un organisme qui vient parler à tous les sens, qui s’impose comme un être à part entière. De l’autre, sa version finalement « morte », maîtrisée, adoucie et visuellement agréable.